Maisons-Laffitte
Histoire - Culture - Patrimoine
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Histoire
 
 
 
L'histoire du domaine de Maisons à travers ses illustres propriétaires
 
 
par Jacques Marec, président de la Société des Amis du Château de Maisons (2006)
 
     
  Aux XVIIème et XVIIIème siècles  
 

René de Longueil et la construction du château

C'est René de Longueil qui a fait construire le château de Maisons au milieu du 17ème siècle.

René de Longueil est un haut magistrat. Sa famille est l'une des plus anciennes familles de magistrats du Parlement de Paris.
Il appartient à cette catégorie sociale appelée la noblesse de robe.
Sa carrière a été brillante et il atteint le sommet de la hiérarchie judiciaire lorsqu'il accède, en 1642, à la fonction de Président à Mortier au Parlement de Paris.

René de Longueil est un homme riche. Il possède la Seigneurie de Maisons ainsi que d'autres biens reçus en héritage et qui lui assurent des revenus importants.
Sa fortune va s'accroître encore grâce à son mariage. En 1622, il épouse, en l'église de Maisons, Madeleine Boulenc de Crévecoeur, âgée de 13 ans, fille d'un haut magistrat de la Chambre des Comptes.
L'épouse de René de Longueil meurt à l'âge de 26 ans en 1636 et lui laisse 4 enfants.Très affecté par la disparition de Madeleine, il ne se remariera jamais.
Le souvenir de Madeleine est évoqué partout dans le château de Maisons par des monogrammes aux doubles initiales entrelacées de Madeleine et René.

René de Longueil est un homme ambitieux. Grâce à son habileté, il a réussi à s'attirer les bonnes grâces de Richelieu et de Louis XIII. Mais Richelieu meurt en 1642. Six mois plus tard (1643), c'est Louis XIII qui disparaît.
La situation de Longueil devient délicate lorsque Mazarin prend des responsabilités. (Mazarin se méfie des parlementaires et des partisans de Richelieu). Néanmoins, en 1645, il parvient à consolider sa position à la Cour en devenant Gouverneur des châteaux de Versailles et de St Germain.

C'est un homme prudent et conciliant. Sa prudence lui permet de traverser la crise de la Fronde parlementaire (1648-1649) en ménageant sa position auprès de la cour et auprès de Mazarin. C'est un homme très utile au moment de la recherche d'un compromis. Il est choisi pour participer aux négociations entre le Parlement et la Cour et il signe avec la cour, le traité de Rueil (11 mars 1649).

Longueil fait construire le château de Maisons entre 1640 et 1649.
Après la mort de son père, René de Longueil décide de remplacer le manoir familial par un château plus digne de son rang et de sa fortune. Il veut disposer d'une résidence princière à la mesure de son immense fortune et à la hauteur de la position sociale qu'il vise à occuper. Le château de Maisons est destiné aussi à lui permettre d'accueillir le Roi. (à proximité de Saint Germain)
Il confie le projet à celui qui apparaît comme l'un des plus grands architecte de cette époque : François MANSART.

René de Longueil

 

Monogramme

 

 

Salle des fêtes du château de Maisons

 

En 1650, Longueil devient Surintendant des Finances
Il obtient ce poste grâce au soutien de quelques amis influents auprès de Mazarin. C'est le couronnement de sa carrière.
Il va exercer ce ministère au moment où se développe la " Fronde des Princes ".
Mais l'apogée, c'est en avril 1651 lorsqu'il reçoit le jeune Roi Louis XIV à Maisons pour l'inauguration du château. Ce jour-là Longueil offre un banquet et une fête somptueuse pour la régente Anne d'Autriche, pour le jeune Louis XIV, âgé de 13 ans, et pour Philippe, duc d'Anjou, ainsi que pour d'autres personnages de la cour.

Malgré cet honneur, René de Longueil suscite une certaine méfiance de la part de Mazarin.
Mazarin a peur que René de Longueil ne soit davantage favorable à Gaston d'Orléans et au Prince de Condé qu'à La Reine et au Dauphin.Il se demande si Longueil ne joue pas un double jeu.
On jalousait aussi l'imposante demeure qu'il s'était fait construire à Maisons. (Une des plus belles et des plus luxueuses d'Ile de France)
On a mis en doute aussi son intégrité et sa probité, compte tenu du coût qu'avait représenté la construction de Maisons (six millions de livres) et aussi du faste qu'il y déployait.
Le 5 septembre 1651, lors de la constitution d'un nouveau Ministère, à la majorité du Roi, René de Longueil est relevé de sa charge de Surintendant des Finances. C'est la disgrâce.
En 1653, sa charge de gouverneur de Versailles et de St Germain lui est retirée. Ces fonctions ayant été jugées incompatibles avec celles de Président à Mortier.
Pendant 5 ans, il reste sagement à l'écart de la Cour.

A partir de 1656, c'est progressivement le retour en grâce. Longueil marie sa fille avec le marquis de Soyecourt chevalier des ordres du Roi et grand maître de sa garde robe. Ensuite, Mazarin qui est désormais mieux assuré de son pouvoir ne considère plus que Longueil est un danger pour lui.
En 1658, il est anobli : il devient marquis. Le Roi l'autorise à faire clore de murs son domaine : un privilège réservé aux nobles.
De plus, le Roi confère à René de Longueil la capitainerie des chasses de Maisons et du Mesnil.
En 1671 René de Longueil reçoit une nouvelle visite du Roi au Château de Maisons. Les circonstances de cette visite sont assez tristes : c'est à l'occasion de la mort du Duc d'Anjou, 2ème fils de Louis XIV, à St Germain). Louis XIV séjourne pendant plusieurs jours au château de Maisons.
René de Longueil meurt à Paris en 1677, à l'âge de 82 ans.

 

Le château au 17ème siècle

 

Les descendants de René de Longueil

Le château reste ensuite la propriété des descendants de René de Longueil. Parmi ceux ci, un personnage intéressant : Jean René de Longueil, arrière petit fils de René de Longueil.
C'est aussi un haut magistrat comme René de Longueil.
Il est en même temps le Président de l'Académie des Sciences. C'est un homme très ouvert aux sciences, aux lettres et à la philosophie. C'est le siècle des lumières.
Au début du 18ème siècle, Jean René de Longueil, recevait souvent au château, des savants, des philosophes ou des hommes de lettres avec lesquels il se plaisait à échanger des idées.
Parmi ceux-ci, il y avait Voltaire. Voltaire, devenu l'ami de Jean René de Longueil, était souvent reçu au château pour y séjourner. C'est précisément à Maisons que Voltaire a composé " La Henriade ".

En 1723, lors d'un séjour au château, il s'est produit un double évènement : Voltaire est tombé gravement malade au château. Il était atteint de la petite vérole (la variole). On avait fait venir un grand médecin spécialement de Versailles.
Il a failli mourir au château. Le curé de Maisons est même venu lui rendre visite. Et finalement, grâce aux soins qui lui ont été prodigués, il a fini par guérir et il a pu quitter le château.
Au moment où Voltaire quitte le château, la chambre qu'il venait d'occuper prend feu. la cheminée, ayant chauffé la chambre pendant plusieurs semaines sans discontinuer, avait fini par enflammer une poutre. Et les flammes ont provoqué un incendie qui a détruit une partie du château.
Cette situation était fort gênante pour Voltaire vis-à-vis de ses hôtes. Mais cet accident fâcheux n'a jamais altéré l'amitié que lui portait le marquis de Longueil.

Jean René de Longueil disparaît en 1731 à l'âge de 31 ans. (Lui aussi atteint de la petite vérole) Son fils unique, René Prosper de Longueil, âgé de 6 mois décède accidentellement un an plus tard. En échappant à la surveillance de sa nourice il fait une chute mortelle.
A partir de ce moment, il n'y a plus de descendant masculin. C'est l'extinction des Longueil.

Le domaine de Maisons revient alors à Marie Renée de Belleforière, Marquise de Soyécourt.
Celle-ci décède quelques années plus tard. C'est un petit fils de la marquise qui hérite de la propriété : Louis Armand, marquis de Soyécourt.

Le château représente pour lui une charge très lourde. Et ce château a besoin, un siècle après sa construction, de travaux d'entretien, d'amélioration et de restauration ; travaux que son propriétaire est incapable de financer. Il cherche donc à le revendre à partir de 1746.

Le château a failli, par 2 fois, être racheté par Louis XV :

Une 1ère fois, en 1747, pour Mme de Pompadour. Mme de Pompadour était venue visiter le château. Elle avait fait savoir au Roi que ce château lui plaisait.
Le Roi vient visiter longuement le château. Il est visiblement très intéressé. Mais finalement il renonce à cette acquisition sans explication.

Une 2ème fois, en 1770, Louis XV revient au château de Maisons et il y demeure quelques jours en compagnie de Mme du Barry. Celle-ci se plait beaucoup à Maisons et elle fait comprendre au roi qu'elle aimerait bien acquérir ce château.
Le Roi fait venir un architecte et il lui demande de réaliser des plans de transformations intérieures pour améliorer le confort du château. (aux normes du 18ème siècle)
Les plans présentés au Roi proposaient de profondes modifications dans la structure du bâtiment pour le rendre habitable.
Devant l'importance des travaux, le Roi s'est empressé de renoncer à ce projet d'acquisition auquel le poussait Mme du Barry.

Il lui faudra attendre plus de 30 ans pour trouver un acquéreur. Il est difficile de le vendre par ce qu'il ne semble plus adapté. Il a besoin de travaux. On trouvera cependant un acquéreur. Ce sera le comte d'Artois.

Voltaire

 

Madame du Bary

 

Le Comte d'Artois

 

 

 

Le Comte d'Artois

Le Comte d'Artois, frère du Roi Louis XVI acquiert le château en 1777 (à l'âge de 20 ans).
Il cherchait une propriété proche de St Germain, en attendant la fin des travaux de restauration ou de reconstruction du Château Neuf.
Pour cette opération de reconstruction du château neuf, le trésor royal versait au compte d'Artois 600.000 livres par an.
A Maisons, Le Comte d'Artois entreprend aussi des travaux. Des travaux de restauration et de décoration qu'il confie à l'architecte Bellanger.On peut voir encore aujourd'hui la salle à manger dite salle à manger du Comte d'Artois réalisée dans un décor néo-classique.
Finalement, les premières annuités versées par le Trésor royal pour le château neuf servent à payer les travaux du Château de Maisons.
En définitive, il abandonne les travaux du Château Neuf de St Germain.
Quant aux travaux de restauration du château de Maisons, ils ne seront jamais terminés, faute de moyens suffisants.
Il faut dire que le Comte d'Artois était, dans sa jeunesse, un personnage plutôt léger, dispersé et désordonné dans la gestion des ses affaires et très dépensier. Sans parler de sa passion pour le jeu ou de certaines de ses fantaisies comme Bagatelle. Sans parler, non plus, de toutes ses maîtresses qui lui coûtaient cher.
Le comte d'Artois était lourdement endetté.

En politique, on sait qu'il défend la monarchie de droit divin et qu'il se montre hostile à toute réforme.
Lors de la réunion des Etats Généraux, il adopte une attitude intransigeante.
Auprès du Roi et de Marie Antoinette, ce n'est pas du tout un élément modérateur. Il est l'un de ceux qui poussent le Roi à l'intransigeance.
On sait que c'est en partie sous son influence que se déroule la séance royale du 23 juin 1789 catastrophique pour la monarchie.
C'est lui qui pousse le Roi à prendre des mesures de force contre l'Assemblée Constituante.

Le Comte d'Artois était si compromis par son attitude radicale et intransigeante que Louis XVI, lui-même, après la prise de la Bastille, lui demande de partir en exil à l'étranger. Et il part dés le 17 juillet 1789. (Sans doute a-t-il bien fait !).
Il laisse 40 millions de livres de dettes. (presque 27 fois le prix d'achat du château en 1777. (1,5 millions de livres))

Le comte d'Artois part donc en exil.
Il se réfugie successivement auprès de plusieurs cours européennes avant de s'installer en Angleterre.
Il reviendra en France en 1814 et succèdera à Louis XVIII sous le nom de Charles X avant d'être obligé de repartir en exil au moment des journées de juillet 1830 (les 3 glorieuses) qui permettront l'avènement de Louis Philippe.

 
 

Aux XIXème et XXème siècles

de la Révolution à l'Empire

En 1792, le domaine de Maisons est confisqué ; il devient bien national : on pose les scellés au château et le domaine est mis sous séquestre. Il s'agit des biens de celui qu'on appelle l'émigré Charles Philippe Capet.

En 1793, Le château est vidé de son mobilier et celui-ci est transporté à St Germain pour y être vendu par adjudication. Le château perd ainsi tous ses meubles, tous ses objets d'art et toute la collection des tableaux du Comte d'Artois.

En 1797, sous le Directoire, il est décidé de retirer les grilles d'entrée du château.
Le château disposait de deux magnifiques grilles en fer forgé qui fermaient de chaque côté le vestibule d'entrée.
Dans le cadre de la restauration qu'il avait entreprise, le Comte d'Artois avait fait déposé ces grilles. Mais il les avait conservé dans le château.
Le château perd ainsi ses deux grilles. Celles-ci sont transportées au Louvre. Elles sont restées au Louvre depuis 2 siècles.
Il est possible de les voir à l'entrée de la galerie d'Apollon et dans le pavillon de l'horloge.

Il est décidé ensuite de vendre le domaine.
Le château et le domaine sont mis en vente par adjudication et l'administration départementale chargé de cette vente décide de vendre le domaine en le divisant en plusieurs lots.Ce qui conduit au démembrement du domaine.
Treize acquéreurs se portent candidats pour acquérir un ou plusieurs lots. Mais un seul acquéreur se porte candidat pour acquérir l'ensemble des lots. (donc l'ensemble de la propriété)
Il n'est pas donné suite à cette proposition et les lots sont répartis par l'administration entre plusieurs acquéreurs.
Mais, dans les jours qui suivent, (coup de théatre !) au niveau de l'Administration centrale, le directeur de la Régie de l'enregistrement refuse d'homologuer la vente et décide d'attribuer le domaine au seul et unique candidat qui soumissionne pour acquérir l'ensemble du domaine : un certain Lanchère. Sans doute des influences ou des interventions se sont-elles exercées pour favoriser Lanchère. Le côté positif est que ainsi l'unité du domaine se trouve préservée.
Le domaine est donc attribué à Lanchère le 2 décembre 1797.

Jusqu'en 1818, trois propriétaires successifs vont maintenir cette unité et sauvegarder le château et ses dépendances.

Le citoyen Lanchère à partir de 1797.
Eleveur de chevaux, Lanchère procurait des chevaux à l'Etat. Il était fournisseur des armées.
C'était un homme très riche qui avait déjà racheté des biens nationaux. Il était très influent et peut-être e a-t-il pu user de son influence et de son argent pour obtenir que la propriété lui soit attribuée.
Il n'utilise que les écuries. Il laisse le château en l'état sans même terminer les travaux commencés par le Comte d'Artois.
En 1804, Il revend la propriété au Maréchal Lannes.

Grille d'entrée du château

 

 

 
 

Jean Lannes

 

Chambre du Maréchal Lannes

 

 

Duchesse de Montebello

Le Maréchal Lannes

Jean Lannes est d'abord un soldat particulièrement courageux et valeureux. Il a connu une ascension rapide dans la carrière militaire jusqu'à devenir général.
Il a participé à toutes les campagnes du Directoire, du Consulat et de l'Empire. Il s'est illustré dans de nombreuses batailles. Il a été maintes fois blessé au combat.
Lannes était de ses généraux qui combattaient eux-mêmes en première ligne et qui n'avait pas peur d'affronter l'ennemi dans des combats à la baïonnette.
Dés la campagne d'Italie, Bonaparte avait remarqué son ardeur au combat, son courage et sa capacité à diriger les hommes.
Lannes a été l'un des principaux compagnons d'armes de Napoléon et même son ami. Il y avait une amitié sincère et profonde entre Lannes et Napoléon.
Pourtant les rapports entre les deux hommes ont été parfois tumultueux du fait, surtout, du caractère de Lannes : homme susceptible, coléreux et qui avait son franc parler.
Après avoir été le chef de la garde consulaire, il y a eu un moment de disgrâce pour Lannes qui est écarté et envoyé comme ambassadeur au Portugal. Ce sera un exil doré et de courte durée.

En 1804, Lannes revient en France et il est élevé à la dignité de Maréchal d'Empire à l'âge de 35 ans.
C'est à ce moment qu'il fait l'acquisition du domaine de Maisons. Mais Lannes avait aussi un hôtel particulier à Paris (faubourg St Germain), l'hôtel de Kinski, puis un autre plus grand, rue de Varenne : l'hôtel de Rohan Chabot. Son train de vie était assez fastueux. On sait que Napoléon voulait qu'il en soit ainsi pour ses Maréchaux.
Pour lui, Maisons est un lieu où il peut, lorsqu'il n'est pas parti en campagne, venir en famille se reposer avec Louise et ses 5 enfants. Louise est sa 2ème épouse. Il est divorcé et remarié.
Il aime y recevoir ses amis, en s'éloignant un peu de la cour impériale où il ne se plait pas vraiment.
Il entreprend des travaux très importants de remise en état du château compte tenu des travaux inachevés par le Comte d'Artois. Il fait décorer et meubler le château. Il est attentif aux jardins. Il fait même planter des peupliers disposés de manière à figurer les positions françaises et ennemies lors de la bataille de Montebello pendant la campagne d'Italie
Il fait aussi installer des bergeries. On élève ainsi à Maisons des centaines de moutons mérinos.
Il fait tracer des allées dans le parc auxquelles il avait donné des noms de victoires napoléoniennes et de généraux de l'Empire. Et, il crée une place Napoléon.

Lannes aura un destin tragique : le 22 mai 1809, lors de la 2ème campagne d'Autriche, il est grièvement blessé à la bataille d'Essling. Il a une jambe broyée par un boulet de canon. Il est opéré sur place par Larrey, chirurgien de la garde Impériale de Napoléon, qui procède à l'amputation de la jambe.
Malgré cette opération, Lannes meurt 9 jours plus tard, le 31 mai 1809, des suites de ses blessures à Ebersdorf près de Wien. Il est à peine âgé de 40 ans.
Napoléon a été très affecté par la disparition de Lannes. Il a lui-même écrit une lettre à la duchesse de Montebello, épouse du Maréchal et restée au château de Maisons, pour lui annoncer la mort du Maréchal :

" Le Maréchal est mort ce matin des blessures qu'il a reçues au champ d'honneur. Ma peine égale la vôtre. Je perds le Général le plus distingué de mes armées, mon compagnon d'armes depuis seize ans, celui que je considérais comme mon meilleur ami. Sa famille et ses enfants auront toujours des droits particuliers à ma protection. C'est pour vous en donner l'assurance que j'ai voulu écrire cette lettre, car je sens que rien ne peut alléger la juste douleur que vous éprouverez. "

Le corps du Maréchal a été ramené à Paris quelques mois plus tard pour reposer au Panthéon.

La Duchesse de Montebello, épouse du maréchal conserve pour quelques années le domaine de Maisons.
En 1810, elle est nommée 1ère dame d'honneur de l'Impératrice Marie Louise. La duchesse avait accepté cette nomination. Elle sera même l'amie de Marie Louise.
Mais ce type d'activité ne lui convenait pas vraiment. Elle ne se sent pas à l'aise à la cour.
Chaque fois qu'elle le peut, elle quitte la cour pour se rendre à Maisons.
La duchesse de Montebello reste un personnage controversé. Il lui est reproché, à elle qui était si proche de Marie Louise, de ne pas avoir su ou voulu l'influencer dans ses décisions au moment de la chute de Napoléon. (puisqu'elle a quitté la France)
En 1818, 3 ans après la chute de l'Empire, elle vend le domaine à Jacques Laffitte.

 
 

Jacques Laffitte

Jacques Laffitte est né en 1767. Il est issu d'une famille modeste de Bayonne. Son père était charpentier.
Il a eu la chance de partir à Paris et de pouvoir travailler, très jeune, au service du Banquier Pérégaux.
Pérégaux est un banquier suisse. Il a été le banquier pendant la période révolutionnaire. Il fut le banquier du comité de salut public. Ce qui ne l'empêchait pas d'être le banquier des émigrés.
Il a été le conseiller financier de Napoléon

Laffitte doit tout au Banquier Pérégaux -
C'est grâce à Pérrégaux qu'il deviendra lui-même un banquier.
Pérégaux lui a permis d'exercer des responsabilités de plus en plus importanteset jusqu'à devenir son associé.
Il a pu grâce à lui créer sa propre banque : la Société d'escompte qui deviendra la 1ère banque de Paris et même une puissante banque européenne.
Laffitte succédera même à Pérégaux au poste de Gouverneur de la Banque de France en 1814 et le restera jusqu'en 1820.

Jacques Laffitte devient un homme très riche. Sa fortune lui permet de racheter le château de Maisons. Il possède d'autres biens notamment la forêt de Breteuil sur Iton dans l'Eure
et un hôtel particulier à Paris, rue d'Artoi.

Jacques Laffitte. C'est aussi l'homme politique
Il est élu député de la Seine en 1816 et il siège dans l'opposition libérale.C'est un opposant à Charles X. Et Le château de Maisons, ancienne demeure du Comte d'Artois est même (ironie du destin !) un lieu où les amis de Laffitte se réunissent pour comploter contre Charles X.
De nombreuses personnalités de l'opposition libérale, amis de Laffitte, sont reçues au château dans la période qui précède 1830 ; La Fayette, Odilon Barrot, le général Foy, Thiers, Benjamin Constant et d'autres.
L'action de Laffitte et de ses amis aboutit à l'abdication puis au départ en exil de Charles X et à l'accession au pouvoir de Louis Philippe à la suite de l'insurrection de Juillet 1830. (les 3 glorieuses)
Laffitte est nommé Président du Conseil avec la charge de Ministre des Finances le 2 novembre 1830. Il exercera ces responsabilités jusqu'au 13 mars 1831.

A partir de 1830-1831, Laffitte rencontre de graves difficultés financières qui le conduiront au dépôt de bilan de sa banque.
Les raisons sont diverses et complexes. Et la situation financière personnelle de Laffitte se confond avec la situation de sa banque.
Sans doute une mauvaise gestion de ses affaires et des acquisitions dispendieuses et inutiles comme la forêt de Breteuil ont favorisé cette situation.
Son activité politique a pu aggraver les difficultés financières du banquier qui a toujours fait preuve d'une grande générosité.
¢ Laffitte était aussi un homme d'une grande générosité.

Louis Philippe va même lui racheter sa forêt de Breteuil pour l'aider à surmonter ses difficultés financières. Mais cela ne suffira pas.

En janvier 1831, alors qu'il est encore Président du Conseil de Louis Philippe et Ministre des Finances, Laffitte profite de sa position pour obtenir une avance de la Banque de France, cependant, garantie sur ses biens personnels.

Mais, lorsque Laffitte quitte ses fonctions au Gouvernement, il se trouve dans l'i,capacité de rembourser la Banque de France. Il ne parvient plus à honorer ses échéances.

Après lui avoir consenti plusieurs fois des délais de paiement, la Banque de France engage une procédure afin de faire saisir et mettre en vente son hôtel particulier.
C'est alors qu'il se passe une chose assez extraordinaire : Les amis de Laffitte lancent une souscription nationale et ils rachètent son hôtel particulier pour le lui offrir.

Laffitte n'en a toujours pas fini avec le remboursement de ses dettes. Il avait donc pensé revendre le domaine de Maisons.
Mais une propriété d'une telle importance était difficile à revendre.
Il a alors l'idée de revendre une partie importante de sa propriété après l'avoir divisé en parcelles de terrain.
Il va donc procéder à un découpage en lots et les lots seront proposées à des acquéreurs. Et, pour ne pas être dépossédé de sa propriété, au cours de cette opération, il a recours à un arangement familial: il vend l'ensemble du domaine à son frère Jean-Baptiste Laffitte et en même temps, il devient le mandataire de son frère.
Cet artifice permet à Laffitte d'échapper à ses créanciers, de continuer à habiter le château et de diriger lui même la grande opération immobilière dont il a eu l'idée.
D'ailleurs, quelques années plus tard, les choses s'arrangent pour Laffitte :Dés 1836, il réussit à créer une nouvelle banque d'affaires.
En 1838, Il retrouve la propriété de son domaine de Maisons grâce à la rétrocession que son frère effectue à son profit.

 

Jacques Laffitte

 

 

Proclamation à l'hôtel de Ville - 1830

 

 

 

 
 

Cahier des charges-1834

 

 

 

La transformation du domaine par Laffitte

Laffitte va transformer le Parc de Maisons. Il met en vente des parcelles de terrain sur lesquelles les acquéreurs se font construire des villas. Il installe ainsi dans le parc une " colonie " ou une ville composée de maisons de campagne sur le modèle anglais des cités-jardins. Mais il a pris soin en même temps de ménager des espaces non constructibles

Laffitte a favorisé la réalisation de cette opération en offrant aux acquéreurs des conditions avantageuses : un crédit au taux d'intérêt de 5 % sur un délai maximum de 18 ans.
Il a assuré une large publicité, pour attirer les acquéreurs et il présente cette opération comme un acte philanthropique consistant à offrir à tous, la possibilité de devenir propriétaire.

Dans cette transformation du domaine de Maisons, l'apparence du parc a été globalement préservée parce que Laffitte a maintenu une surface importante réservée à des espaces boisés non constructibles et parce que les acquéreurs devaient se soumettre aux exigences très strictes d'un cahier des charges. Ils avaient obligation de bâtir leurs maisons en retrait par rapport aux allées et aux avenues et de ne clore les propriétés qu'avec des haies ou des grilles (pas de mur de plus d'une certaine hauteur)
Tout cela pouvait encore donner l'illusion d'un parc demeuré intact et d'une propriété ayant conservé toute son unité.

L'opération immobilière n'a cependant pas eu tout le succès escompté par Laffitte.

Lors de l'opération de morcellement du parc, Jacques Laffitte s'est réservé pour lui-même une surface de 33 ha du domaine appelée " petit parc "ou " parc réservé " englobant le château. Dans ce petit parc, il a fait aménager un jardin anglais.

Laffitte réalise encore d'autres transformations :
Il fait détruire plusieurs dépendances du château : les pavillons de l'Entrée du Roi, l'orangerie et les écuries. Il s'agissait de magnifiques écuries, construites par Mansart, qui pouvaient rivaliser avec celles de Chantilly ou de Versailles. Elles étaient situées sur la partie gauche de l'avant-cour du château. Jacques Laffitte a justifié la destruction des écuries par son souci de faciliter aux acquéreurs la construction de leurs villas dans le parc. C'est encore son action philanthropique que nous présente Laffitte.

Il fait aussi modifier la cour d'honneur du château. Il fait démolir les balustrades qui délimitaient la cour et il fait combler la partie des douves qui entouraient le château.

Jacques Laffitte est mort le 6 mai 1844. Son épouse décède en 1849.
Leur fille, Albine Laffitte, est l'unique héritière.
Albine Laffitte, Princesse de la Moskowa, est l'épouse du fils du Maréchal Ney, Prince de la Moskowa.
La succession entraîne le démembrement du domaine.
Il ne reste plus du domaine de Maisons que le lot constitué par le château et le petit parc que s'était réservé Laffitte. Ce lot est donc attribué à sa fille unique Albine Laffitte.

 
 

Le château menacé par la spéculation immobilière

Albine Laffitte revend la propriété en 1850 à Thomas de Colmar, créateur de la Compagnie d'assurances : " le Soleil ".
Thomas de Colmar apparaît comme un protecteur du domaine. Il a une action très positive pour la mise en valeur du château. Il cherche à embellir le petit parc. Il le fait redessiner par un grand paysagiste appelé Duvilliers.
Quant au grand parc de Maisons, il devient, sous le second Empire, un lieu favori de villégiature pour la haute bourgeoisie parisienne. De nouvelles villas plus luxueuses sont construites sur les parcelles restées disponibles.

A partir de 1877 : L'environnement immédiat du château est atteint par la spéculation immobilière.

Dans un 1er temps : la spéculation s'attaque au petit parc du château.
A la mort de Thomas de Colmar, un peintre russe nommé Vassili Tilmanovitch Grommé rachète la propriété en 1877.
De la part d'un artiste, on pouvait penser que l'on aurait à faire à quelqu'un qui chercherait à protéger le château et son environnement.Mais le nouveau propriétaire montre qu'il est davantage un homme d'affaires soucieux de rentabiliser son investissement. Celui-ci décide de lotir la partie Nord-Est du petit parc.

Ce lotissement a pour conséquence la suppression définitive de l'avant-cour et de la cour d'honneur du château telles qu'elles avaient été réalisées au 17ème siècle par Mansart.
Mais, finalement, ce lotissement n'est pas un succès pour Grommé. Une partie du lotissement restera invendue jusqu'en 1904.

Le château est pratiquement abandonné par son propriétaire. Il n'est plus habité et il n'est plus entretenu.

Dans un 2ème temps : allant jusqu'au bout de sa logique, la spéculation va s'attaquer au dernier obstacle qui empêche encore sa progression : le château.
En 1900, à la mort de Grommé, la propriété est mise en vente. Une promesse de vente est signée en Janvier 1904 avec un certain Joseph Simondet. C'est un promoteur immobilier. Il annonce aussitôt ses intentions. Il va démolir le château et réaliser un nouveau lotissement sur toute la superficie ainsi libéré et aussi sur la partie du petit parc qui restait disponible.

C'est un choc pour les propriétaires des villas du parc.
Ils se mobilisent et s'organisent autour d' Eugène Engrand qui conduit l'action avec beaucoup d'énergie et d'efficacité.
Ils vont susciter une campagne de presse qui va débuter par des articles dans " le journal des débats " puis dans toute la presse.
Grâce à cela ils obtiendront le soutien d'hommes politiques comme Maurice Berteaux.
L'Etat finira par se porter acquéreur du château. Ainsi la démolition sera évitée de justesse en 1905.
Depuis cette date le château appartient à l'Etat.

Thomas de Colmar

 

Affiche commerciale 1904

 

   
     
Bibliographie historique
     
 

Principaux ouvrages

  • Cueille (Sophie), Maisons-Laffitte, 1630-1930. Parc, paysage et villégiature, Paris, Editions du patrimoine, coll."Cahiers du patrimoine", 1999
  • Poisson (Georges), De Maisons-sur-Seine à Maisons-Laffitte, Maisons-Laffitte,1993.
 
 

Revues des Amis du Château de Maisons

  • Les cahiers du Vieux -Maisons, n° 1 à 19 (1981-1990)
  • Les cahiers de Maisons n° 20 à 32 (1991-2005)
  • Le bulletin des Amis du Château de Maisons n° 1 et suivants ( depuis 2006)
 
 

Autres articles en ligne :

 

 

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