Origine familiale
et apprentissage
François MANSART, né en 1598 à Paris,
est issu d'une famille modeste d'artisans du bâtiment.
Fils d'Absalon Mansart, maître charpentier, et de
Michelle Le Roy, elle-même issue d'une famille de
maîtres maçons, il est le sixième
des 7 enfants de sa famille.
Son père meurt en 1610 alors qu'il n'est âgé
que de 12 ans.
Sa mère se remarie en 1611 avec Denis Adam, boulanger.
Dans la période 1612-1617, Mansart effectue une
période d'apprentissage auprès de son beau
frère, Germain Gaultier, marié à
sa sur Marie. Germain Gaultier, sculpteur, est aussi
architecte de la ville de Rennes.
En 1618, il reçoit procuration de son oncle Marcel
Le Roy, maître maçon, adjudicataire de la
reconstruction du pont de Toulouse, pour conduire les
travaux à sa place. Il assume cette tâche,
jusqu'en 1621, avec toutes les prérogatives d'un
architecte conducteur des travaux.
La révélation
de son talent
En 1623, à l'âge de 25 ans, il dessine d'abord
un projet de façade pour l'Eglise des Feuillants
au faubourg St Honoré. C'est l'occasion, pour lui,
d'affirmer une grande habileté pour la sculpture
décorative dont certains membres de sa famille
et notamment Germain Gaultier lui ont permis l'apprentissage.
Cette uvre est achevée en 1625.
La même année, Mansart remplace Clément
Métezeau pour un projet de reconstruction partielle
et de rénovation du Château de Berny, au
sud de Paris, entre Fresnes et Antony, en direction d'Orléans.
Ces travaux lui sont confiés par Pierre Brûlart
de Sillery.
Cette reconstruction est aussi une grande réussite
qui affirme la maîtrise de Mansart pour l'architecture
civile. Les travaux du château de Berny se poursuivent
jusqu'en 1625.
Ces deux essais se sont avérés
des coups de maîtres. Ils ont permis de révéler
tout le talent de Mansart et lui ont ouvert des portes
pour d'autres projets.
Nombreuses
réalisations d'un architecte de renom
La réussite de la façade de l'Eglise des
Feuillants, fréquentée par la famille royale
et par Louis XIII, a valu à Mansart d'obtenir un
" brevet d'architecte du Roi pour le service de ses
bâtiments ".
Le succès qu'il remporte pour les travaux du Château
de Berny est déterminant pour la suite de sa carrière.
Ce succès lui assure, en effet, sur recommandation
de Pierre Brûlart de Sillery, la faveur du cercle
des relations de celui-ci pour d'autres commandes d'ouvrages.
C'est ainsi que Mansart réalise le château
de Montrouge pour M. de Châteauneuf. Puis Noêl
Brûlart, oncle de Pierre Brûlart, s'adresse
à lui pour l'embellissement du château de
Pamfou, près de Brie Comte Robert et pour deux
couvents parisiens de l'ordre de la Visitation, dont il
est le bienfaiteur.
Jean de Choisy, sur recommandation de Pierre Brûlart
lui confie la construction du château de Balleroy.

Grâce à M. de Châteauneuf,
Mansart se rapproche de Gaston d'Orléans qui lui
confie la construction du grand corps neuf de son château
de Blois.
Il bâtit l'hôtel de Jars à la demande
de François Rochechouart ami de Châteauneuf.
La famille de Guénégaud fait appel à
Mansart pour le château du Plessis Belleville, pour
l'hôtel de Guénégaud ainsi que pour
le château de Fresnes.
C'est par le biais de Guénégaud des Brosses
que Mansart est mis en relation avec René de Longueil
pour la construction du château de Maisons.
Mansart compte de nombreuses autres réalisations
parmi lesquelles :
- la construction du portail de l'Eglise des Minimes,
- l'agrandissement de l'hôtel Carnavalet à
la demande de Claude Boylesve, intendant des finances.
Cet hôtel fut ensuite loué à la Marquise
de Sévigné
- la construction de l'hôtel de la Vrillière,
pour Louis Phélipeaux.
Mansart est sollicité pour de nombreuses
réalisations dans une période favorable
à l'essor de l'architecture. Il travaille pour
le frère du Roi et la haute noblesse d'épée,
pour des secrétaires d'état, pour un ambassadeur,
pour des parlementaires
.
La
maturité dans l'Art
Quelques uvres marquent la maturité
de l'art de Mansart et lui ont permis d'asseoir sa réputation
:
·
L'église de la Visitation (1632-1634)
Mansart construit l'église de la Visitation Sainte-Marie,
rue Saint Antoine.
Il réalise une architecture sobre et ascétique
agrémentée par les ornements du frontispice
ainsi qu'un système de double coupole selon une
technique inédite en France.
Cette oeuvre témoigne de sa maturité. Son
style caractérisé notamment par l'orchestration
des volumes, par l'accord de l'éclairage et du
décor permet déjà d'affirmer la supériorité
de Mansart sur les architectes de son époque.
·
le "château neuf " de Blois (1635-1638)
En 1634, Gaston d'Orléans, frère du Roi,
choisit Mansart pour construire un nouveau Château
à Blois.
Mansart n'a réalisé que " le logis
neuf " au fond de la cour. Le chantier a été
ensuite abandonné par Gaston d'Orléans.
La construction de la façade est inspirée
par le palais du Luxembourg. L'avant-corps forme une composition
pyramidante.

Aile
Gaston d'Orléans au Château de Blois
uvre remarquablement dessinée
et proportionnée, l'aile Gaston d'Orléans
du château de Blois apparaît comme un chef-d'uvre
de l'architecture Française. Cet édifice
met en évidence des techniques novatrices. Ainsi
l'escalier couvert d'une coupole à jour ouverte
sur une seconde coupole.
L'ensemble du projet nous est connu grâce à
des dessins qui permettent d'imaginer l'uvre que
Mansart avait conçu et qui devait dominer la Loire.
·
l'hôtel de la Vrillière (1635-1650)
L'hôtel de la Vrillière, rue Neuve-des-Petits-Champs,
a été construit pour Louis Phélypeaux,
Marquis de La Vrillière, Secrétaire d'Etat.
Il est considéré comme le premier chef d'uvre
d'architecture civile réalisé par Mansart.
Celui-ci a réalisé un hôtel entre
cour et jardin avec deux ailes sur cour et une aile sur
jardin. Cette uvre est reconnue pour son élégance,
la justesse de ses proportions, une pureté dans
ses profils ainsi qu'une distribution sage et bien ordonnancée.
Mansart a parfaitement réussi l'intégration
monumentale de cet hôtel dans son environnement
urbain.
·
le château de Maisons (1641-1650)
Le château de Maisons est considéré
comme le chef-d'oeuvre de François Mansart.
Ce monument, construit pour René de Longueil, se
caractérise par l'unité de son corps de
bâtiment. Il est composé d' un corps de logis
central contre lequel sont ramenés deux grands
pavillons, précédés, côté
cour, de deux pavillons bas en terrasse et côté
jardin de deux minces portiques.
Cette oeuvre constitue une remarquable réussite
d'harmonie des formes. Les volumes, culminant progressivement
vers le centre, sont articulés de manière
pyramidante autour de l'avant-corps central.
Les façades sont ornées par une superposition
des ordres, dorique au rez de chaussée, ionique
au 1er étage et corinthien à l'étage
supérieur. Elles offrent une alternance de colonnes
cannelées et de pilastres.
Ses élégantes toitures sont couvertes d'ardoises
et garnies de hautes cheminées.
Les parterres et jardins ont été également
dessinés par Mansart. Ils encadrent le château
bâti sur une plate-forme entourée de douves
sèches.
Quelques années plus tard, Mansart complète
le chef-d'uvre de Maisons par la construction des
écuries et des pavillons d'entrée.
La
construction du Château de Maisons (1641-1650)
C'est à la demande de René de Longueil,
Seigneur de Maisons et Président à Mortier
au Parlement de Paris que Mansart va construire le château
de Maisons.
René de Longueil aurait laissé Mansart entièrement
libre dans la conception de son projet architectural,
lui offrant ainsi l'occasion de manifester toute l'étendue
de son génie.
Même si la date de début des travaux a pu
être, un temps, controversée, du fait de
l'existence d'un marché passé en 1634, par
René de Longueil, pour la construction de 8 colonnes
ioniques, il semble que la construction du château
soit postérieure. Elle aurait débuté
vers 1640 avec les terrassements et les plantations.
Le premier marché lié incontestablement
au château de Maisons est un marché de charpenterie
passé en 1642. Les marchés de maçonnerie
ont du être passés durant la même période.
Il a été trouvé trace aussi d'un
marché de couverture passé en 1643.
Le frontispice du château, côté jardin,
indique 1646 qui correspond à la date d'achèvement
du gros uvre.
La décoration intérieure a été
réalisée de 1646 à 1649. Les travaux
de sculpture ont été réalisés
selon les dessins de Jacques Sarazin (1592-1660). Gilles
Guerin (1611-1678) a sculpté les reliefs du vestibule
et les cheminées de la " chambre des captifs
" et de la grande antichambre. Philippe de Buyster
(1595-1688) a exécuté le décor des
frontispices et les " putti " du grand escalier.
Gérard van Opstal (1595-1668) a réalisé
le reste du décor sculpté du grand escalier.
En 1650, les écuries du Château sont construits
selon les plans de Mansart.
Lorsque René de Longueil est devenu marquis et
qu'il est autorisé à clore son domaine,
Mansart est amené, en 1660, à construire
les pavillons d' entrée du parc de Maisons.
Avec la construction du château de Maisons, Mansart
crée une uvre de grande classe qui, alliant
dans la même conception, le château, ses dépendances
et ses jardins, ouvre la voie à toute l'architecture
de prestige du XVIIème siècle.

Le château
de Maisons
La
reconnaissance du chef-d'oeuvre de Maisons
Le château de Maisons apparaît comme l'uvre
majeure de Mansart.
La majesté, la symétrie et l'équilibre
des formes de cette demeure exemplaire en ont fait l'un
des chefs-d'oeuvre de son temps.
Cette magnifique réalisation a
suscité l'admiration de ses contemporains et particulièrement
de Charles Perrault qui écrivait :
"Le château de Maisons, dont Mansart a fait
tous les bâtiments et les jardinages, est d'une
beauté si singulière qu'il n'est point d'étranger
qui ne l'aille voir comme l'une des plus belles choses
que nous ayons en France."
Plus tard le professeur Jean-Jacques Blondel
dira à propos de Mansart et du château de
Maisons :
" il est peut être le seul parmi nous qui ait
su réunir tous les talents qui caractérisent
le véritable architecte, nous sommes bien éloignés
de nous croire capable de pouvoir apprécier toutes
les beautés répandues dans ce bâtiment
Nous
osons le dire ici, personne avant lui, ni après
lui, n'a poussé si loin cette magie de l'architecture
: de quelle admiration, de quel charme ne sommes nous
pas épris, à l'aspect de ce chef-d'uvre
?
Combien ne sommes nous pas convaincus de notre insuffisance,
lorsque toutes les années nous nous transportons
à Maisons avec nos élèves, pour nous
convaincre que Mansart est le Dieu de l'Architecture,
et que ses ouvrages fournissent le modèle le
plus parfait à imiter pour ceux qui veulent
atteindre à la plus grande célébrité.
"
Voltaire qui séjourna au château
de Maisons évoquait ainsi Mansart et le château
de Maisons :
"François Mansart a été un
des meilleurs architectes de l'Europe. Le château,
ou plutôt le palais de Maisons, auprès de
St Germain, est un chef-d'oeuvre, parce qu'il eut
la liberté entière de se livrer à
son génie."
Des
occasions manquées
Après la mort de Richelieu en 1642 et celle de
Louis XIII en 1643, la régence d'Anne d'Autriche
et l'arrivée de Mazarin permettent à Mansart
de nouvelles opportunités.
En 1643, la Régente lui accorde un brevet d' "
architecte et ingénieur du Roi ".
Elle s'adresse à lui en 1645 pour reconstruire
l'Eglise et le monastère du Val-de-Grâce.
Les travaux débutent au printemps 1645.
La même année, il lui est proposé
de prendre en charge, à la place de Le Muet, la
restructuration de l'hôtel du Cardinal Mazarin,
qui deviendra Palais Mazarin.
Mais, en 1646, il est finalement écarté
des travaux du Palais Mazarin au profit de Le Muet.
La même année, il est également déchargé
des travaux du Val-de-Grâce au profit de Lemercier.
Seule l'église fut construite en grande partie
d'après les plans de Mansart.
Mansart perd ainsi deux des chantiers les plus importants
de la Régence.
Plus tard en 1664, Colbert voulut l'employer pour le Louvre
ainsi que pour le Mausolée des Bourbons de St Denis.
Mais ces projets n'ont pas abouti.
Mansart avait en lui un souci de perfection qui le conduisait
à remettre perpétuellement en cause son
projet initial pour un projet sans cesse amélioré.
Cette tendance qui a souvent retardé la réalisation
de ses uvres et en a quelquefois aggravé
le coût, l'empêchait aussi de s'engager sur
des échéances. Ainsi Mansart a perdu plusieurs
occasions de réaliser des uvres prestigieuses
qui lui auraient permis de manifester davantage encore
tout son génie architectural.