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François Mansart
 
 
 
François Mansart, précurseur de l'architecture classique en France
 
 
 
par Jacques Marec, président de la Société des Amis du Château de Maisons (2002)
 
 

  Architecte et artiste, d'une grande sensibilité et d'une grande ingéniosité, Mansart a réalisé une œuvre très importante et a fait preuve d'un immense talent.
Clarté, subtilité, rigueur, richesse d'imagination ont caractérisé ses œuvres.
Mansart a porté l'art de bâtir à un haut degré de perfection. Il est le grand précurseur de l'architecture classique en France.

 

 

Origine familiale et apprentissage
François MANSART, né en 1598 à Paris, est issu d'une famille modeste d'artisans du bâtiment.
Fils d'Absalon Mansart, maître charpentier, et de Michelle Le Roy, elle-même issue d'une famille de maîtres maçons, il est le sixième des 7 enfants de sa famille.
Son père meurt en 1610 alors qu'il n'est âgé que de 12 ans.
Sa mère se remarie en 1611 avec Denis Adam, boulanger.
Dans la période 1612-1617, Mansart effectue une période d'apprentissage auprès de son beau frère, Germain Gaultier, marié à sa sœur Marie. Germain Gaultier, sculpteur, est aussi architecte de la ville de Rennes.
En 1618, il reçoit procuration de son oncle Marcel Le Roy, maître maçon, adjudicataire de la reconstruction du pont de Toulouse, pour conduire les travaux à sa place. Il assume cette tâche, jusqu'en 1621, avec toutes les prérogatives d'un architecte conducteur des travaux.

La révélation de son talent
En 1623, à l'âge de 25 ans, il dessine d'abord un projet de façade pour l'Eglise des Feuillants au faubourg St Honoré. C'est l'occasion, pour lui, d'affirmer une grande habileté pour la sculpture décorative dont certains membres de sa famille et notamment Germain Gaultier lui ont permis l'apprentissage. Cette œuvre est achevée en 1625.
La même année, Mansart remplace Clément Métezeau pour un projet de reconstruction partielle et de rénovation du Château de Berny, au sud de Paris, entre Fresnes et Antony, en direction d'Orléans. Ces travaux lui sont confiés par Pierre Brûlart de Sillery.
Cette reconstruction est aussi une grande réussite qui affirme la maîtrise de Mansart pour l'architecture civile. Les travaux du château de Berny se poursuivent jusqu'en 1625.

Ces deux essais se sont avérés des coups de maîtres. Ils ont permis de révéler tout le talent de Mansart et lui ont ouvert des portes pour d'autres projets.

Nombreuses réalisations d'un architecte de renom
La réussite de la façade de l'Eglise des Feuillants, fréquentée par la famille royale et par Louis XIII, a valu à Mansart d'obtenir un " brevet d'architecte du Roi pour le service de ses bâtiments ".
Le succès qu'il remporte pour les travaux du Château de Berny est déterminant pour la suite de sa carrière. Ce succès lui assure, en effet, sur recommandation de Pierre Brûlart de Sillery, la faveur du cercle des relations de celui-ci pour d'autres commandes d'ouvrages.
C'est ainsi que Mansart réalise le château de Montrouge pour M. de Châteauneuf. Puis Noêl Brûlart, oncle de Pierre Brûlart, s'adresse à lui pour l'embellissement du château de Pamfou, près de Brie Comte Robert et pour deux couvents parisiens de l'ordre de la Visitation, dont il est le bienfaiteur.
Jean de Choisy, sur recommandation de Pierre Brûlart lui confie la construction du château de Balleroy.

Château de Balleroy

Grâce à M. de Châteauneuf, Mansart se rapproche de Gaston d'Orléans qui lui confie la construction du grand corps neuf de son château de Blois.
Il bâtit l'hôtel de Jars à la demande de François Rochechouart ami de Châteauneuf.
La famille de Guénégaud fait appel à Mansart pour le château du Plessis Belleville, pour l'hôtel de Guénégaud ainsi que pour le château de Fresnes.
C'est par le biais de Guénégaud des Brosses que Mansart est mis en relation avec René de Longueil pour la construction du château de Maisons.
Mansart compte de nombreuses autres réalisations parmi lesquelles :
- la construction du portail de l'Eglise des Minimes,
- l'agrandissement de l'hôtel Carnavalet à la demande de Claude Boylesve, intendant des finances. Cet hôtel fut ensuite loué à la Marquise de Sévigné
- la construction de l'hôtel de la Vrillière, pour Louis Phélipeaux.

Mansart est sollicité pour de nombreuses réalisations dans une période favorable à l'essor de l'architecture. Il travaille pour le frère du Roi et la haute noblesse d'épée, pour des secrétaires d'état, pour un ambassadeur, pour des parlementaires ….

La maturité dans l'Art
Quelques œuvres marquent la maturité de l'art de Mansart et lui ont permis d'asseoir sa réputation :

· L'église de la Visitation (1632-1634)
Mansart construit l'église de la Visitation Sainte-Marie, rue Saint Antoine.
Il réalise une architecture sobre et ascétique agrémentée par les ornements du frontispice ainsi qu'un système de double coupole selon une technique inédite en France.
Cette oeuvre témoigne de sa maturité. Son style caractérisé notamment par l'orchestration des volumes, par l'accord de l'éclairage et du décor permet déjà d'affirmer la supériorité de Mansart sur les architectes de son époque.

· le "château neuf " de Blois (1635-1638)
En 1634, Gaston d'Orléans, frère du Roi, choisit Mansart pour construire un nouveau Château à Blois.
Mansart n'a réalisé que " le logis neuf " au fond de la cour. Le chantier a été ensuite abandonné par Gaston d'Orléans.
La construction de la façade est inspirée par le palais du Luxembourg. L'avant-corps forme une composition pyramidante.

Aile Gaston d'Orléans au Château de Blois

Œuvre remarquablement dessinée et proportionnée, l'aile Gaston d'Orléans du château de Blois apparaît comme un chef-d'œuvre de l'architecture Française. Cet édifice met en évidence des techniques novatrices. Ainsi l'escalier couvert d'une coupole à jour ouverte sur une seconde coupole.
L'ensemble du projet nous est connu grâce à des dessins qui permettent d'imaginer l'œuvre que Mansart avait conçu et qui devait dominer la Loire.

· l'hôtel de la Vrillière (1635-1650)
L'hôtel de la Vrillière, rue Neuve-des-Petits-Champs, a été construit pour Louis Phélypeaux, Marquis de La Vrillière, Secrétaire d'Etat.
Il est considéré comme le premier chef d'œuvre d'architecture civile réalisé par Mansart. Celui-ci a réalisé un hôtel entre cour et jardin avec deux ailes sur cour et une aile sur jardin. Cette œuvre est reconnue pour son élégance, la justesse de ses proportions, une pureté dans ses profils ainsi qu'une distribution sage et bien ordonnancée. Mansart a parfaitement réussi l'intégration monumentale de cet hôtel dans son environnement urbain.

· le château de Maisons (1641-1650)
Le château de Maisons est considéré comme le chef-d'oeuvre de François Mansart.
Ce monument, construit pour René de Longueil, se caractérise par l'unité de son corps de bâtiment. Il est composé d' un corps de logis central contre lequel sont ramenés deux grands pavillons, précédés, côté cour, de deux pavillons bas en terrasse et côté jardin de deux minces portiques.
Cette oeuvre constitue une remarquable réussite d'harmonie des formes. Les volumes, culminant progressivement vers le centre, sont articulés de manière pyramidante autour de l'avant-corps central.
Les façades sont ornées par une superposition des ordres, dorique au rez de chaussée, ionique au 1er étage et corinthien à l'étage supérieur. Elles offrent une alternance de colonnes cannelées et de pilastres.
Ses élégantes toitures sont couvertes d'ardoises et garnies de hautes cheminées.
Les parterres et jardins ont été également dessinés par Mansart. Ils encadrent le château bâti sur une plate-forme entourée de douves sèches.
Quelques années plus tard, Mansart complète le chef-d'œuvre de Maisons par la construction des écuries et des pavillons d'entrée.

La construction du Château de Maisons (1641-1650)
C'est à la demande de René de Longueil, Seigneur de Maisons et Président à Mortier au Parlement de Paris que Mansart va construire le château de Maisons.
René de Longueil aurait laissé Mansart entièrement libre dans la conception de son projet architectural, lui offrant ainsi l'occasion de manifester toute l'étendue de son génie.
Même si la date de début des travaux a pu être, un temps, controversée, du fait de l'existence d'un marché passé en 1634, par René de Longueil, pour la construction de 8 colonnes ioniques, il semble que la construction du château soit postérieure. Elle aurait débuté vers 1640 avec les terrassements et les plantations.
Le premier marché lié incontestablement au château de Maisons est un marché de charpenterie passé en 1642. Les marchés de maçonnerie ont du être passés durant la même période. Il a été trouvé trace aussi d'un marché de couverture passé en 1643.
Le frontispice du château, côté jardin, indique 1646 qui correspond à la date d'achèvement du gros œuvre.
La décoration intérieure a été réalisée de 1646 à 1649. Les travaux de sculpture ont été réalisés selon les dessins de Jacques Sarazin (1592-1660). Gilles Guerin (1611-1678) a sculpté les reliefs du vestibule et les cheminées de la " chambre des captifs " et de la grande antichambre. Philippe de Buyster (1595-1688) a exécuté le décor des frontispices et les " putti " du grand escalier. Gérard van Opstal (1595-1668) a réalisé le reste du décor sculpté du grand escalier.
En 1650, les écuries du Château sont construits selon les plans de Mansart.
Lorsque René de Longueil est devenu marquis et qu'il est autorisé à clore son domaine, Mansart est amené, en 1660, à construire les pavillons d' entrée du parc de Maisons.
Avec la construction du château de Maisons, Mansart crée une œuvre de grande classe qui, alliant dans la même conception, le château, ses dépendances et ses jardins, ouvre la voie à toute l'architecture de prestige du XVIIème siècle.

Le château

Le château de Maisons

La reconnaissance du chef-d'oeuvre de Maisons
Le château de Maisons apparaît comme l'œuvre majeure de Mansart.
La majesté, la symétrie et l'équilibre des formes de cette demeure exemplaire en ont fait l'un des chefs-d'oeuvre de son temps.

Cette magnifique réalisation a suscité l'admiration de ses contemporains et particulièrement de Charles Perrault qui écrivait :
"Le château de Maisons, dont Mansart a fait tous les bâtiments et les jardinages, est d'une beauté si singulière qu'il n'est point d'étranger qui ne l'aille voir comme l'une des plus belles choses que nous ayons en France."

Plus tard le professeur Jean-Jacques Blondel dira à propos de Mansart et du château de Maisons :
" il est peut être le seul parmi nous qui ait su réunir tous les talents qui caractérisent le véritable architecte, nous sommes bien éloignés de nous croire capable de pouvoir apprécier toutes les beautés répandues dans ce bâtiment…Nous osons le dire ici, personne avant lui, ni après lui, n'a poussé si loin cette magie de l'architecture : de quelle admiration, de quel charme ne sommes nous pas épris, à l'aspect de ce chef-d'œuvre ?
Combien ne sommes nous pas convaincus de notre insuffisance, lorsque toutes les années nous nous transportons à Maisons avec nos élèves, pour nous convaincre que Mansart est le Dieu de l'Architecture, et que ses ouvrages fournissent le modèle le plus parfait à imiter pour ceux qui veulent atteindre à la plus grande célébrité. "

Voltaire qui séjourna au château de Maisons évoquait ainsi Mansart et le château de Maisons :
"François Mansart a été un des meilleurs architectes de l'Europe. Le château, ou plutôt le palais de Maisons, auprès de St Germain, est un chef-d'oeuvre, parce qu'il eut la liberté entière de se livrer à son génie."

Des occasions manquées
Après la mort de Richelieu en 1642 et celle de Louis XIII en 1643, la régence d'Anne d'Autriche et l'arrivée de Mazarin permettent à Mansart de nouvelles opportunités.
En 1643, la Régente lui accorde un brevet d' " architecte et ingénieur du Roi ".
Elle s'adresse à lui en 1645 pour reconstruire l'Eglise et le monastère du Val-de-Grâce. Les travaux débutent au printemps 1645.
La même année, il lui est proposé de prendre en charge, à la place de Le Muet, la restructuration de l'hôtel du Cardinal Mazarin, qui deviendra Palais Mazarin.
Mais, en 1646, il est finalement écarté des travaux du Palais Mazarin au profit de Le Muet.
La même année, il est également déchargé des travaux du Val-de-Grâce au profit de Lemercier. Seule l'église fut construite en grande partie d'après les plans de Mansart.
Mansart perd ainsi deux des chantiers les plus importants de la Régence.
Plus tard en 1664, Colbert voulut l'employer pour le Louvre ainsi que pour le Mausolée des Bourbons de St Denis. Mais ces projets n'ont pas abouti.
Mansart avait en lui un souci de perfection qui le conduisait à remettre perpétuellement en cause son projet initial pour un projet sans cesse amélioré. Cette tendance qui a souvent retardé la réalisation de ses œuvres et en a quelquefois aggravé le coût, l'empêchait aussi de s'engager sur des échéances. Ainsi Mansart a perdu plusieurs occasions de réaliser des œuvres prestigieuses qui lui auraient permis de manifester davantage encore tout son génie architectural.

 

L'homme
Le seul portrait de Mansart existant encore est une gravure d'Edelinck qui représente Mansart avec un visage allongé duquel se dégage un sentiment de réserve mélancolique.

Portrait de François Mansart (gravure par Edelinck d'après un portrait peint par Louis de Nameur - brûlé en 1720-)

 

 

Il ne s'est jamais marié et n'a pas eu d'enfants.

Il avait un grand soin de son apparence et présentait toujours une grande élégance vestimentaire. Il disposait d'ailleurs d'une garde robe assez fournie.

Mansart s'est constitué peu à peu une immense fortune grâce à ses nombreuses et prestigieuses réalisations. Il était très riche et avait investi sa fortune dans des rentes et des maisons louéeqs. Mais une partie de sa fortune apparaissait contestable :

Un pamphlet, une "mansarade, lui reprochait d'avoir perçu des pourcentages sur les marchés conclus par les entrepreneurs qu'il choisissait.

Une autre "mansarade" critiquait le privilège exorbitant qu'avait obtenuMansart de son ami le garde des sceaux, lui donnant contrôle sur toute la production de gravure du royaume.

Son perfectionnisme a souvent été évoqué y compris dans une troisième mansarade de 1651 qui l'accusait d'avoir fait démolir une partie du château de Maisons en cours de construction. Si la tendance au perfectionnisme est bien réelle et a pu donner lieu à de telles critiques, cette accusation, concernant le château de Maisons, n'est pour autant , pas vérifiée et procède sans doute d'une confusion.

Mansart était orgueilleux. Ainsi, il refusa de satisfaire aux exigences auxquelles Colbert voulut le soumettre pour plusieurs projets. Enfin, il était assez fier de ses oeuvres et se plaisait à en parler ou à les expliquer.

Mansart vécut toute sa vie à Paris. Il avait acheté un terrain rue Payenne dans le quartier du Marais, sur lequel il se fit construire une maison digne de sa fortune et de sa position sociale; maison qu'il habitera jusqu'à sa mort.

Mansart meurt de maladie, à Paris, en 1666.

Les Oeuvres de Mansart aujourd'hui

Beaucoup d'oeuvres de Mansart ne subsistent plus aujourd'hui; mais des dessins, des gravures et des plans anciens peuvent donner une image assez précise de celles-ci.

Quelques chef-d'oeuvres sont cependant restés à la postérité :

- le château de Maisons, bien qu'amputé de ses écuries,

- le château de Balleroy qui constitue l'oeuvre la plus ancienne conservée de Mansart

- l'aile gaston d'Orléans au château de Blois

A Paris demeurent encore principalement : l'hôtel de Guénégaud des Brosses devenu Maison de la Chasse et de la Nature, l'hôtel de la Vrillère qui est azujourd'hui le siège de la Banque de France et l'hôtel Carnavalet où est installé le Musée d'Histoire de la ville de Paris.

Le nom de Mansart (ou Mansard) est souvent associé à l'invention du comble brisé. En réalité, l'i,vention de cette technique ne lui est pas due. Lescot l'avait utiliséé avant lui. Mansart a pratiqué, en fait, 2 types de combles tronquées : - Le comble droit recoupé par le haut et couvert d'une terrasse, mis en oeuvre ç Balleroy et à Maisons selon l'exemple du Luxembourg de Salomon de Brosse. - Le comble brisé avec une ligne de brisis et un terrasson, mis en oeuvre à Blois ou à l'hôtel de Jars longtemps après le corps neuf du Louvre de pierre Lescot.

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