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René de Longueil

Le Président de Maisons

(1596 - 1677)

Auteur de l'article : Jacques Marec -Président de la Société des Amis du Château de Maisons -2002
 

René de Longueil, que l'on appelait le Président de Maisons, était parvenu au sommet de la hiérarchie judiciaire lorsqu'éclate une crise entre le Parlement et la Cour : la Fronde parlementaire. Sa prudence et son esprit de conciliation lui permettent de traverser cette crise en ménageant sa position auprès de la Cour. Il devient Surintendant des Finances et réussit même à accueillir le jeune Roi Louis XIV et la Régente Anne d'Autriche dans son nouveau château de Maisons construit par Mansart.

 

Ses origines et son mariage : la noblesse de robe

René de Longueil est né en 1596. Il appartient à l'une des plus anciennes familles du Parlement de Paris, qui siège dans cette assemblée depuis 1399. Son père, Jean de Longueil était un haut magistrat de la chambre des comptes.La famille des Longueil avait pris le nom d'un bourg situé près de Dieppe, en Normandie. Elle possédait la Seigneurie de Maisons depuis plus de deux siècles.
La proximité de la résidence royale du château de St Germain par rapport à Maisons avait permis à son père, Jean de Longueil, de recevoir à plusieurs reprises, dans son domaine, le jeune Roi Louis XIII.Le 22 mai 1622, René de Longueil épouse, en l'Eglise de Maisons, Madeleine Boulenc de Crévecoeur, âgée de 13 ans, fille de Guillaume Boulenc de Crévecoeur également magistrat de la Chambre des Comptes. Ce mariage lui apporte une fortune considérable ainsi que de nombreuses terres dont celle de Widerville.
L'épouse de René de Longueil meurt à l'âge de 26 ans en 1636 et lui laisse 4 enfants.
René de Longueil est très affecté par la disparition de Madeleine. Il ne se remariera jamais. Le souvenir de Madeleine est évoqué partout dans son château de Maisons par des monogrammes aux doubles initiales entrelacées de Madeleine et René.

Le Président de Maisons

René de Longueil suit l'exemple de ses ancêtres et entame très tôt une carrière de magistrat qui se révèle brillante.
Conseiller au Grand Conseil en 1618, il devient Premier Président de la Cour des Aides en 1620. Puis il atteint le sommet de la hiérarchie judiciaire lorsqu'il accède, en 1642, à la fonction de Président à Mortier au Parlement de Paris.
A partir de cette date, Longueil est généralement désigné par le titre "Président de Maisons".Grâce à son habileté et à son esprit de conciliation, Longueil avait pu s'attirer les bonnes grâces de Richelieu et de Louis XIII. Mais Richelieu meurt en 1642. Six mois plus tard (1643), c'est Louis XIII qui disparaît.
La disparition de Richelieu et de Louis XIII et les responsabilités prises par Mazarin (qui se méfie des parlementaires et des partisans de Richelieu) rend la situation de Longueil plus délicate. Néanmoins, en 1645, le Président de Maisons consolide sa position à la Cour en devenant Gouverneur des châteaux de Versailles, de St Germain et d'Evreux. Le titulaire du poste : Claude de St Simon lui aurait cédé ou vendu cette charge.

Une attitude prudente pendant la Fronde parlementaire

La situation financière était très mauvaise du fait de la guerre et du refus de tous les privilégiés de payer l'impôt. Mazarin avait relevé les tailles et les aides. Il avait multiplié certaines taxes. En 1643, le Parlement s'était élevé contre ces augmentations et avait fait des remontrances. Cette situation avait nourri de nombreuses critiques à l'égard de Mazarin.
En 1648, intervient le renouvellement de la " paulette ". (Cet impôt que devait payer les titulaires de charges pour en être propriétaires et assurer l'hérédité des offices.) Il est décidé de retenir quatre années de " gages " aux officiers des " cours souveraines " de justice.
Au mécontentement populaire, s'ajoute ainsi la réaction de la noblesse de robe.
Le Parlement se réunit aux autres " cours souveraines " de Paris (" Cour des Aides, " Chambre des Comptes ") et le 13 mai 1648, est proclamé l' " Arrêt d'Union ". Un plan de réforme est présenté dans les " propositions de la Chambre Saint Louis ". Parmi celles-ci figurent : la suppression de Intendants et le contrôle par les Parlements de l'Administration financière et des levées d'impôts.
Le 26 Août 1648, Mazarin fait arrêter plusieurs conseillers du Parlement de Paris dont Broussel.
Le lendemain, en réaction à cette arrestation, on assiste à une émeute populaire dans Paris : la " journée des barricades ". C'est le début d'un soulèvement qui obligera la Régente et le jeune Roi Louis XIV, le 5 janvier 1649, à quitter le Louvre pour se réfugier à St Germain.
Cette " Fronde " dure 2 mois : du 6 janvier au 11 mars 1649. C'est le Parlement qui dirige le mouvement. Mais l'armée de Condé intervient et bloque Paris. L'agitation se calme et les parlementaires engagent des pourparlers qui aboutissent à la paix de Rueil.
Pendant la Fronde parlementaire (1648/1649) René de Longueil est d'abord solidaire de ses collègues parlementaires engagés dans le mouvement. En septembre 1648, après la journée des barricades, il est choisi pour participer à la délégation qui devait rencontrer Condé et Gaston d'Orléans sur la situation de l'Etat et discuter des réformes.
Mais son attitude est guidée aussi par sa fidélité constante à la maison de Condé.
Longueil entretient les meilleurs rapports avec le Prince de Condé, son frère Conti et sa sœur la Duchesse de Longueville.
Il cherche en même temps à conserver de bonnes relations avec Mazarin et avec la Cour.
Il adopte une attitude prudente à la différence de son frère Pierre, conseiller clerc à la Grand Chambre qui apparaît plus vindicatif.
Mais Longueil se trouve en difficulté lorsque Mazarin confie à Condé le soin de réaliser une intervention militaire sur Paris au début de l'année 1649. Il préfère,alors, quitter Paris et attendre dans son château de Maisons.
On note qu'il est absent le 8 janvier 1649 lors d'une séance solennelle du Parlement qui prononce un arrêt vouant Mazarin au bannissement. Cette absence est perçu par certains parlementaires comme une trahison.
A la suite de cette absence de Longueil et de quelques autres parlementaires, le Parlement décide dans un arrêt du 20 janvier d'obliger les parlementaires à rester au Parlement faute de quoi ils seraient déchus de leur charge.
Mais la situation évolue dans le sens d'une recherche de compromis entre la Cour et le Parlement. Longueil reprend sa place au Parlement. Il est même choisi pour participer aux négociations entre le Parlement et la Cour et il signe avec la cour, le traité de Rueil (11 mars 1649).
Ceci ne met nullement en cause son attachement à Condé dont les relations avec la Cour se sont détériorées.

La construction du Château de Maisons

René de Longueil eût l'idée, après la mort de son père en 1629, de remplacer le manoir de Jean de Longueil par un château digne de son rang et de sa fortune.
Il se souvenait des visites du Dauphin à Maisons du temps de son père et espérait aussi être bien considéré du Roi Louis XIII en l'accueillant dans une nouvelle demeure grandiose.
La construction du château de Maisons est destinée à affirmer sa position sociale et à lui permettre d'accueillir le Roi.
Pour réaliser cela, René de Longueil doit agrandir le domaine. Il acquiert tous les terrains et bâtiments disponibles dans les environs. Il négocie avec les propriétaires. Il échange des terres. Il cherche à étendre le domaine par tous les moyens.
Il met les meilleurs artistes de cette époque au service de ce projet et d'abord le plus grand architecte : François MANSART.
Les travaux auraient débuté vers 1640. Le gros œuvre est achevé en 1646. L'aménagement intérieur est réalisé de 1646 à 1649.
Le château fut la résidence secondaire de René de Longueil. Sa résidence principale était à Paris où il exerçait sa charge.

Le couronnement de carrière

Après la paix de Rueil, René de Longueil se trouvait en situation d'obtenir la Surintendance des Finances. Mais au bout de plusieurs semaines d'intrigues le poste revient à Particelli d'Emery.
Celui-ci meurt l'année suivante.
Le 23 mai 1650, René de Longueil, grâce au soutien de quelques amis influents auprès de Mazarin, devient Surintendant des Finances.
Il va exercer ce ministère au moment ou se développe la " Fronde des Princes "Mais l'apogée pour René de Longueil a lieu à la mi-avril 1651 lorsque la Reine et le jeune Roi viennent visiter le château de Maisons qui venait d'être terminé.
Anne d'Autriche vient au château avec Louis XIV âgé de 13 ans et son autre fils Philippe, duc d'Anjou. René de Longueil les reçoit somptueusement.
(Le dîner qui eut lieu au milieu d'une profusion de fleurs aurait comporté 1800 pièces de gibier, 500 pains mollets et 154 bouteilles de vin.)

La disgrâce (partielle)

René de Longueil a suscité une certaine méfiance de la part de Mazarin et de la cour.
Mazarin craignait que René de Longueil ne soit plus favorable à Gaston d'Orléans et au Prince de Condé qu'à La Reine et au Dauphin ou qu'il ne joue un double jeu.
On jalousait aussi l'imposante demeure qu'il s'était fait construire à Maisons.
On a mis en doute son intégrité et sa probité compte tenu du coût qu'avait représenté la construction de Maisons (six millions) et du faste qu'il y déployait.
Lors de la constitution d'un nouveau Ministère, à la majorité du Roi, le 5 septembre 1651, René de Longueil est relevé de sa charge.
Longueil venant d'apprendre qu'il est relevé de sa charge aurait eu ce commentaire cynique : " Ils ont tort ! J'ai fait mes affaires. J'allais faire les leurs. "
Longueil reste cependant membre du Conseil avec le titre de Ministre d'Etat. Il conserve également sa charge de Président à Mortier.
En 1653, sa charge de gouverneur de Versailles et de St Germain lui est retirée. Ces fonctions ayant été jugées incompatibles avec celles de Président à Mortier.
Pendant 5 ans, René de Longueil reste sagement à l'écart de la Cour. Il s'exile à Maisons et surtout à Glisolles, près de l'abbaye de St Pierre de Conches (Eure) dont son second fils avait été nommé abbé commendataire. Glisolles était un fief appartenant à Madeleine de Boulenc de Crévecoeur et où elle avait été inhumée. Son mari lui avait succédé comme Seigneur du lieu.
Durant cette période, les travaux semblent avoir été suspendus au château de Maisons.

Le retour en grâce

En 1656, Longueil marie sa fille avec le marquis de Soyecourt chevalier des ordres du Roi et grand maître de sa garde robe.
Ce mariage est pour Longueil le début d'un retour en grâce.
Mazarin désormais mieux assuré de son pouvoir ne considère plus que Longueil est un danger pour lui.
En 1658, le domaine de Maisons est érigé en Marquisat. Le Roi l'autorise à faire clore de murs son domaine. Ce qui constituait un privilège réservé aux nobles.
Longueil fait alors figurer sa couronne de Marquis sur les décors du château.
De plus, le Roi confère, à René de Longueil, la capitainerie des chasses de Maisons et du Mesnil.
Longueil reprend également avec Mansart vers 1660 de nouveaux travaux de construction dans son château de Maisons : la construction des portes et la construction des écuries.En 1671 René de Longueil reçoit une nouvelle visite du Roi au Château de Maisons. A l'occasion de la mort de son second fils, le Duc d'Anjou, à St Germain, et alors que Versailles était en travaux, Louis XIV séjourne pendant plusieurs jours à Maisons.
René de Longueil meurt à Paris en 1677, à l'âge de 82 ans.


Blason des Longueil
"d'azur à trois roses d'argent, au chef d'or chargé de trois roses de gueules" Le blason des Longueil avait comme support deux aigles à "long oeil"

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