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Jean Lannes, Maréchal de France, Duc de Montebello
     
 
par Jacques Marec, président de la Société des Amis du Château de Maisons (2002)
 
 

Jean Lannes a participé à toutes les campagnes du Directoire, du Consulat et de l'Empire. Il s'est illustré dans de nombreuses batailles. Son ardeur au combat, son courage et sa capacité à diriger les hommes ont été trés vite remarqués par Bonaparte pendant la campagne d'Italie. Il a connu une ascension rapide dans la carrière militaire. Général parmi les plus valeureux, sa fougue, sa détermination et même son audace ont été souvent décisives pour obtenir la victoire. Il fut l'un des principaux compagnons d'armes de Napoléon et même son ami. Après la proclamation de l'Empire, Lannes fut élevé à la dignité de Maréchal de France. 


Débuts d'une carrière militaire

Jean Lannes est né le 10 Avril 1769 à Lectoure dans le Gers. Son père était un petit marchand de biens. Il était le cinquième d'une famille de 8 enfants. Par suite d'un revers de fortune paternelle, il n'a pas eu la possibilité d'étudier. Seul l'aîné des enfants eut la chance de faire des études en allant au séminaire. Ce frère aîné a pu néanmoins lui transmettre un peu d'instruction.
Il est apprenti teinturier lorsqu'il décide d'entrer au régiment de la garde nationale basé à Lectoure. Il y apprend le maniement des armes.
A partir de 1792, avec un grand nombre de camarades de ce régiment, il rejoint le 2ème bataillon des volontaires du Gers à Auch où il complète son instruction militaire.
Le 20 Juin 1792 il devient, par élection, sous-lieutenant de grenadiers.
Il commence ainsi sa carrière militaire à l'époque révolutionnaire dans les rangs de ces volontaires partis défendre la patrie contre les armées des monarchies étrangères.


La campagne des Pyrénées Orientales (1793-1795)
Il combat d'abord contre les espagnols de 1793 à 1795 au cours de la campagne des Pyrénées-Orientales.
A la suite d'une attaque imprévue des espagnols derrière le col de Coustouge, les bataillons du Gers sont surpris par les espagnols et la panique gagne les rangs.
Lannes réussit par son énergie et son courage, à arrêter la fuite d'une partie des troupes, à leur faire reprendre l'offensive et à retourner la situation contre les espagnols.
Son ardeur dans les différents combats de cette campagne précipite sa carrière : Il est nommé lieutenant le 25 septembre 1793, puis capitaine des grenadiers le 31 octobre de la même année.
Il participe activement aux combats qui permettent de repousser les espagnols : à Portvendres puis à Banyuls où il est blessé.
Enfin, malgré ses blessures, en avant garde, à la tête de 500 grenadiers, il participe à une nouvelle action contre les espagnols qui avaient repris l'offensive. Il réussit, à Villelongue, au terme d'un combat difficile et dont l'issue paraissait incertaine, à reprendre une place fortifiée. Ce nouveau succès lui permet le 25 décembre 1793 d'être nommé chef de brigade.(Colonel)

A la fin de cette campagne, il épouse, le 19 mars 1795, à Perpignan, Jeanne-Josephe, dite Polette, la fille d'un riche banquier.


La campagne d'Italie (1796-1797)
Il s'engage en 1796, pour la campagne d'Italie, en qualité de simple soldat.
Au cours de la bataille de Dego (15 Avril 1796), il rencontre le général Bonaparte. Il vient de s'illustrer dans la reprise de cette petite ville de Ligurie après un combat acharné à la baïonnette.
La fougue dont il fait preuve lui vaut d'être, à nouveau, nommé chef de brigade.
A la tête de ses grenadiers, il passe, le premier, le Pô à Plaisance.
Au pont de Lodi (10 mai 1796), il manifeste un courage remarquable en s'avançant avec ses troupes malgré l'artillerie ennemie. Puis il se distingue à la bataille de Bassano (7 septembre 1796) avant d'être blessé le 15 septembre à Governolo.
Bonaparte demande pour lui au Directoire, qu'il soit nommé Général de brigade.


Il est à nouveau remarqué par Bonaparte pour son ardeur au combat à la bataille d'Arcole.
Il est, une première fois, blessé à cette bataille le 14 Novembre 1796.
Le 15 Novembre, au moment où Bonaparte se trouve en difficulté du fait d'une contre-offensive des autrichiens et risque même d'être fait prisonnier, Lannes, bien que blessé, se précipite sur le lieu de la bataille, engage avec des hommes disponibles une contre-attaque qui permet à Bonaparte de se dégager. Puis il combat avec une telle énergie qu'il réussit à faire reculer l'armée autrichienne. Son intervention vigoureuse permet à Bonaparte de conquérir le Pont d'Arcole.
Dans ce combat, il est, une nouvelle fois, blessé et tombe de son cheval sans connaissance.

Plus tard, en reconnaissance pour cet acte de bravoure, Bonaparte fait envoyer à Lannes le drapeau qu'il avait reçu du corps législatif en mémoire de la bataille d'Arcole avec un mot ainsi rédigé de sa main :


" Citoyen Général, le Corps Législatif a voulu honorer l'armée d'Italie dans son général. Il y eut un moment, aux champs d'Arcole, où la bataille incertaine eut besoin de l'audace des chefs. Plein de sang et couvert de blessures, vous quittâtes l'ambulance, résolu de vaincre ou de mourir. Je vous vis constamment au cours de cette journée au premier rang des braves…C'est à vous d'être le dépositaire de cet honorable drapeau qui couvre de gloire les grenadiers que vous avez constamment commandés. "

 

Bonaparte l'envoie, ensuite, auprès du Pape pour conclure un traité. Il rétablit en même temps l'ordre dans les Etats pontificaux.


La campagne d'Egypte (1798-1799)

Lannes est d'abord envoyé à Lyon afin de préparer la logistique en vue de l'embarquement pour la campagne d'Egypte.
Aux côtés de Bonaparte, il participe à cette campagne (1798-1799).
Il prend part à tous les combats et se signale plus particulièrement à la prise d'El Arich (20 février 1799), et à celle de Jaffa (7 mars 1799).
Il se distingue au siège de St Jean d'Acre (19 mars au 20 mai 1798) où il est gravement blessé à la tête.
A Aboukir, le 25 juillet 1799, à la tête de deux bataillons, il reprend la place forte aux turcs. Il est à nouveau blessé dans cette bataille.
Au cours de la campagne d'Egypte, il devient Général de division.

Lannes quitte ensuite l'Egypte avec Bonaparte pour rentrer en France. Il prend part au coup d'Etat du 18 Brumaire.

C'est durant cette période qu'il met fin à son union tumultueuse avec Jeanne-Josephe.
Il semble que leur infidèlité ait été réciproque : Lannes aurait rencontré une jeune milanaise durant la campagne d'Italie. Jeanne-Josèphe se serait aussi montrée infidèle et aurait même donné le jour à un enfant (un garçon) onze mois après le départ de Lannes pour la campagne d'Egypte.
Le divorce est prononcé aux torts de son épouse.
Lannes ne tarde pas à se remarier. Le 16 septembre 1800, il épouse Louise Guéhéneuc, la fille d'un Sénateur et financier.


La 2ème campagne d'Italie (1800)
En mai 1800, il participe à la 2ème campagne d'Italie.
Il prend Aoste le 16 mai 1800, Pavie le 2 Juin 1800.
Il remporte, le 9 juin 1800, une magnifique victoire à Montebello (en Lombardie).
Puis il combat à Marengo (14 juin 1800). Au cours de cette bataille, il réussit à contenir l'attaque de l'armée autrichienne durant sept heures. Ce nouvel acte de bravoure lui vaut de recevoir un sabre d'honneur en récompense.


Commandant de la Garde Consulaire (1800)
Bonaparte devenu Premier Consul crée la Garde Consulaire, corps de prestige et d'apparat, qui préfigure la garde impériale. Le 16 Avril 1800, le commandement de la Garde Consulaire est confié à Lannes.
En tant que commandant de la Garde Consulaire, Lannes dépense généreusement pour ses soldats. De plus, pour tenir son rang, il est tenu d'organiser de nombreuses réceptions fastueuses. En peu de temps, des sommes considérables sont dépensées.
Cette situation finit par provoquer un scandale, sans doute nourri par la jalousie de quelques uns. Lannes est accusé de détournement de fonds.
Bonaparte se trouve dans l'obligation de sanctionner son ami : Il ordonne à Lannes de reverser au trésor une somme de 400 000 francs.
Lannes réagit et assure Bonaparte de sa probité. Mais celui-ci reste intransigeant. Lannes doit donc rembourser cette somme.
Comme il n'est pas en mesure de rembourser la somme demandée, il se fait prêter 400 000 francs par Augereau.


Ambassadeur à Lisbonne (1802-1804)
C'est à la suite de ce scandale et peut être aussi en raison de quelques différends avec lui que Bonaparte choisit d'éloigner Lannes.
En effet, Lannes se montrait quelquefois critique à l'égard de Bonaparte. Il s'adressait au 1er Consul avec un franc-parler qui pouvait déplaire à celui-ci.
Bonaparte choisit donc d'éloigner Lannes tout en lui laissant une compensation. Ainsi en 1802, Lannes part pour Lisbonne en qualité de Ministre plénipotentiaire et Envoyé extraordinaire de la République au Portugal.
Lannes ressent cet éloignement comme une disgrâce.
A Lisbonne, il s'entend très bien avec le Régent mais ses rapports sont difficiles avec le Premier Ministre tout dévoué aux intérêts britanniques.
Lannes n'a pas toujours eu un comportement très " diplomatique " dans le cadre de cette fonction : C'est ainsi qu'à la suite d'un incident avec le Premier Ministre, Lannes s'estimant outragé, rentre en France sans en référer à quiconque.
Bonaparte, pourtant, ne lui en tient pas rigueur. Il retourne ensuite à Lisbonne à la demande du Régent et sera accueilli avec les honneurs dus à son rang.
Lannes était à Lisbonne lorsqu'il apprend la proclamation de l'Empire.


Maréchal d'Empire en 1804
L'éloignement momentané de Lannes n'empêchait pas l'estime et l'amitié que Bonaparte avait pour lui. Il était même l'un de ses compagnons préférés. Il disait de Lannes qu'il était : " de ces hommes à changer la face des affaires par son propre poids ".
A son retour, il lui montre qu'il lui conserve toute son estime.
Avec l'instauration de l'Empire, en mai 1804, il est élevé à la dignité de Maréchal d'Empire à l'âge de 35 ans.
Plus tard en 1808, il reçoit le titre de Duc de Montebello en reconnaissance de la victoire qu'il avait remportée quelques années plus tôt.


Propriétaire du Château de Maisons à partir de 1804
En 1804, le Maréchal Lannes fait l'acquisition du Château de Maisons. Il achète le Château et le parc, à Lanchère, fournisseur de chevaux des armées.
Lannes mène à Maisons une existence plutôt solitaire et patriarcale, loin de la cour et de ses fastes. Il a, en effet, tendance à fuir la cour impériale où il se sent mal à l'aise. Il s'installe à Maisons, après son retour de Lisbonne, avec son épouse Louise et ses 5 enfants. (Son premier fils s'appelle Napoléon et sa première fille Joséphine). Il est heureux de s'y retrouver entre deux campagnes militaires. Lannes entreprend des travaux de rénovation et d'embellissement du château indispensables après la Révolution et compte tenu aussi de l'inachèvement de travaux engagés avant la Révolution par le Comte d'Artois.
Il réalise des modifications de décors, de distribution des pièces. Il fait amener de nombreux meubles au château.
Il décide de s'installer avec son épouse au premier étage dans l'ancien appartement de la Reine.
Lannes s'intéresse particulièrement au Parc, aux jardins, à l'orangerie et à la bergerie..
Il s'intéresse aux fruits de la terre et même à l'élevage : il avait ramené d'Espagne des moutons mérinos qu'il élevait à Maisons.
Il s'était amusé à faire planter des peupliers en marquant la disposition des troupes à la bataille de Montebello.


De nouvelles campagnes (1805-1809)
Le maréchal Lannes participe à de nouvelles campagnes de l'Empire.
L'empereur a décidé de créer un grand corps d'attaque qui constitue l'avant-garde de son armée. L'infanterie est placée sous le commandement de Lannes. Il a la responsabilité du 5ème corps d'armée.
Il est de tous les combats : Austerlitz (2 décembre 1805), Iéna (14 Octobre 1806), Pultusk (26 décembre 1806), Friedland (14 Juin 1807).
En 1808-1809, il repart en campagne pour réprimer la révolte espagnole. (siège de Saragosse janvier/février 1809).
En avril 1809 après un bref séjour au château de Maisons, à son retour d'Espagne, le Maréchal Lannes part pour une nouvelle campagne d'Autriche.


Sa mort à la bataille d'Essling (1809)
Le 22 mai 1809, à Essling (près de Wien), le Général Pouzet, son ami et son premier instructeur militaire, vient d'être tué à ses côtés, d'un balle reçue à la tête. Lannes se trouvait encore à quelques pas du corps de Pouzet et c'est alors qu'un boulet de canon lui fracasse les jambes. Il est grièvement blessé et doit être amputé.
Il est soigné par Larrey, le chirurgien de Napoléon. Mais malgré les soins de celui-ci, Lannes meurt neuf jours plus tard à Wien des suites de ses blessures (le 31 mai 1809). Il était à peine âgé de 40 ans.
Cette disparition est douloureusement ressentie par toute l'armée. Napoléon est lui même très affecté par la mort de son ami Lannes.

Le jour de sa mort, Napoléon écrit aussitôt à la Maréchale Lannes, en ces termes, pour lui annoncer la triste nouvelle :

" Le Maréchal est mort ce matin des blessures qu'il a reçues au champ d'honneur. Ma peine égale la vôtre. Je perds le Général le plus distingué de mes armées, mon compagnon d'armes depuis seize ans, celui que je considérais comme mon meilleur ami. Sa famille et ses enfants auront toujours des droits particuliers à ma protection. C'est pour vous en donner l'assurance que j'ai voulu écrire cette lettre, car je sens que rien ne peut alléger la juste douleur que vous éprouverez. "

 

Le corps du Maréchal Lannes est embaumé puis transporté à Strasbourg où il est gardé pendant un an. Napoléon fait organiser des funérailles grandioses le 6 juillet 1810, date anniversaire de la bataille de Wagram.
Le corps du Maréchal Lannes repose au Panthéon.


Le Château de Maisons après la mort du Maréchal Lannes
Napoléon reporte son estime sur la veuve du Maréchal, la Duchesse de Montebello. Celle-ci est nommée, en 1810, première dame d'honneur de l'Impératrice Marie Louise.
Cependant, chaque fois qu'elle le peut, la duchesse de Montebello quitte la cour pour se retrouver avec ses enfants dans le domaine de Maisons.
L'Empereur et l'Impératrice viennent souvent lui rendre visite au château de Maisons.
En 1818, la Duchesse de Montebello vend le domaine au banquier Jacques Laffitte.


A Sainte Hélène, Napoléon évoque, en ces termes, le souvenir de son ami Lannes :

" Il était d'une bravoure extraordinaire. Il était sage, prudent, d'un sang-froid imperturbable. Calme au milieu du feu, il possédait un coup d'œil sûr et pénétrant. Il était supérieur à tous les généraux de l'armée française sur un champ de bataille pour faire manœuvrer vingt-cinq mille hommes d'infanterie…Chez Lannes, le courage l'emportait d'abord sur l'esprit ; mais l'esprit montait chaque jour pour se mettre en équilibre ; je l'avais pris pygmée, je l'ai perdu géant. "

 


Voir aussi :

 

Un numéro spécial des Cahiers de Maisons consacré au Maréchal Lannes informations

 

 

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Autres liens : Sites d'histoire et de souvenir napoléonien
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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